Juliette has a gun, Art Meets Art, Room 1015, Maison d’Hauteville… On ne compte plus les nouvelles marques de jus sophistiqués quand ce ne sont pas les grands noms de la parfumerie qui lancent leur mini collection privée. C’est simple, un parfum sur quatre serait de « niche ». Si la définition reste assez floue – le nez Jean-Claude Ellena parle même de parfumerie « mal nommée » dans son livre L’Écrivain d’odeurs* tant l’expression est fourre-tout –, la tendance au parfum confidentiel cher et fabriqué de manière artisanale est belle et bien là.

« “Je ne veux pas sentir comme tout le monde”est la phrase qui revient en boucle dans notre boutique, relève François Hénin, fondateur de Jovoy – une adresse pour parfums rares à Paris. La parfumerie de niche n’a fait qu’accélérer ce besoin d’individualité. « Elle s’est développée en opposition à la parfumerie accessible en libre service, en contre message… », explique Diane Thalheimer du Grand Musée du Parfum. Ainsi, face à la grande parfumerie, des petites maisons plus audacieuses voulant se différencier, ont peu à peu vu le jour. Trois mots pourraient résumer ces pionniers de la « Haute Parfumerie » : Différence, Expérience, Exclusivité.

Expérience intimiste

« Une histoire, des partis pris, une signature olfactive originale, reflet d’un créateur et d’un savoir-faire, des matières premières de qualité… », précise encore cette experte en la matière. Pas d’égéries, pas de communication … mais du bouche à oreille sur les blogs, avec une volonté assumée de ne pas plaire au plus grand nombre, de proposer un parfum unique et de privilégier un esprit de proximité, une expérience intimiste, un retour au service s’appuyant sur une expertise éduquée. L’histoire de la parfumerie « de niche » pourrait bien démarrer au XVIsiècle, avec l’Eau de la Reine, concoctée dans l’herboristerie des moines dominicains de Santa Maria Novella à Florence, réputée pour ses pots pourris. Mais ses pionniers modernes n’entrent véritablement en scène que vers les années 60-70. Citons-les pour leur audace, leur créativité, leur esprit visionnaire. Diptyque et son Eau basée sur une recette de pot pourri du XVIsiècle – tiens donc – voit le jour en 1968, suivi de près par L’Artisan Parfumeur et son Mûre et Musc, Annick Goutal et son Eau d’Hadrien. Viennent ensuite ceux qu’on pourrait appeler les Créateurs Contemporains.

Ils se définissent comme des auteurs compositeurs, porteurs d’une identité forte à contre courant des tendances… Serge Lutens et sa Féminité du Bois, splendide manifeste à la gloire des parfums unisexes, Frédéric Malle et ses « Éditions de Parfums », avec, à titre d’exemple, l’éblouissante Cologne Bigarade de Jean-Claude Ellena, remettant sous les projecteurs, et à juste titre, les nez qui les composent. Ils seront vite bousculés, dès le début du XXIsiècle, par une nouvelle génération de transgresseurs de règles en rupture avec les codes, que l’on pourrait cataloguer comme les « Affranchis ». État Libre d’Orange aux parfums joyeux épris de liberté, Escentric Molécules et ses collections surdosées en molécules de synthèse, Liquides Imaginaires et sa surprenante Peau de Bête, Olfactive Studio…

Le parfum idéal

Lorsqu’on approche son nez de certains d’entre eux, on se prend soudain à tressaillir d’émotion. Ils ont ce pouvoir de surprendre. Bergamote de Jean-Claude Ellena pour The Different Company – haut lieu de la Haute Parfumerie contemporaine, fondée en 2000 par Jean-Claude Ellena et Thierry de Baschmakoff – nous éclabousse de cette fraîcheur qui sera le fil rouge de son œuvre de parfumeur, Sel Marin de James Heeley nous jette à corps perdu dans l’océan, L’Eau de Serge Lutens et nous voilà enveloppés de linge propre dans notre salle de bains… Si NOSE, en 2012, a été l’un des premiers à proposer un diagnostic olfactif personnalisé en vue de trouver le parfum idéal, un grand nombre de boutiques plus intimistes ont depuis fleuri dans la capitale. Du « bar » Liquides imaginé par Liquides Imaginaires dans les jardins du Palais Royal, en passant par l’écrin rouge et noir de Jovoy, installé rue de Castiglione, ou l’esprit bohême de Marie-Antoinette non loin de la place des Vosges… chacune revendique un style qui n’appartient qu’à elle. Mais toutes prônent avant tout une qualité de service hors-norme où le client redevient enfi n roi. Dans cette quête d’un parfum qui nous ressemblerait, c’est encore Jean-Claude Ellena qui aura le mot de la fin : « Le parfum ne dit pas son genre. Le parfum a le genre de celui ou celle qui le porte. » Alors, trouvez votre genre et vous trouverez votre parfum !
Sources:  www.monsieur.fr

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